Chris Jordan, l’art d’illustrer l’indicible…

De la révolte à l’action, il n’y a qu’un pas. Ou plutôt, un objectif : celui de Chris Jordan, photographe célèbre pour ses œuvres illustrant le consumérisme et l’inconséquence de notre société moderne.

Chris Jordan, né en 1963 à San Francisco, pourrait être qualifié « d’empêcheur de penser en rond ». Dès ses premières séries photographiques, il s’attache à dépeindre la catastrophique influence de l’activité humaine sur l’environnement. Pour exemple frappant, sa première œuvre connue : Intolerable Beauty (2003-2005). Le titre ne pourrait être plus précisément choisi. Carcasses de voitures imbriquées par milliers dans l’attente d’une destruction finale, montagnes de téléphones portables obsolètes dépassés par les nouvelles générations de smartphones, parfaits alignements de containers de nouvelles marchandises, vouées à devenir elles-mêmes dans un futur plus ou moins proche les déchets de demain… Chaque tableau de la série se veut aussi éblouissant d’esthétisme que glaçant d’une réalité qu’on préférerait ignorer.

Mais l’artiste ne s’arrête pas là. Sa série Running the Numbers : An American Self-Portrait frôle le génie. De loin, le spectateur admirant un tableau n’y verra qu’une représentation plutôt belle, bien que très simple, de la Lune, d’un bateau faisant naufrage, ou encore d’un paysage montagneux. Mais en s’approchant, il pourra apercevoir, tels des millions de pixels formant l’image, des cartes de crédit, des piles usagées, ou encore des photos d’explosions nucléaires. Un tableau de la série se distingue particulièrement par la redoutable efficacité de son message. En observant à la loupe une représentation du tableau Crâne de squelette fumant une cigarette de Van Gogh, on découvre des mégots de cigarette par milliers. On pourra également apprécier la mise en abîme du portrait de Benjamin Franklin, formé par des milliers de billets de dollars, eux-mêmes flanqués dudit portrait.

Après avoir exploité le même mécanisme de création graphique dans sa série Running the Numbers II, Portraits of global mass culture, Chris Jordan s’en remet cette fois à un art plus brut et immédiat encore avec Midway, Message from the Gyre. Chaque cliché photographique de cette série capture une carcasse d’oiseau décomposée. Jusque-là, l’idée semble facile, la mort faisant le plus gros du travail esthétique…
Mais détrompez-vous ! Aux amas de plumes et d’os se mêlent briquets, bouchons de bouteilles, seringues et autres détritus plastiques en tous genres. Il semble impossible d’imaginer que les volatiles aient pu ingérer une telle quantité de déchets humains, et pourtant… Chris Jordan, un artiste à suivre de très très près, nous tend là un reflet glaçant de ce dont nous sommes tous, de près ou loin, responsables.

Pour découvrir l’ensemble de son travail, c’est par ici !

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admin5918